– Respire –

© Romaric Cazaux

© Romaric Cazaux

Je m’avance.

Je sens sur mes pieds nus l’herbe déjà fraîche – et la chaleur sur mon visage me saisit par son contraste étonné. Je m’avance, j’ai quitté au bord du chemin mes sandales légères, et j’effleure de la main la crête duveteuse des fleurs qui m’entourent. Je m’avance lentement, tandis qu’un long frisson me parcourt, pareil à celui qui fait onduler doucement les herbes folles.

J’avance et je m’assieds. Les herbes folles bruissent, et je m’allonge… je reste là, sans un mouvement, rien qu’une forme de silence tranquille dans le jour qui s’achève. Et je m’oublie, en un instant, dans la vaste étendue qui se déroule autour de moi. J’oublie l’attente, j’oublie l’angoisse, les larmes et la peur ; j’oublie le jour, le ciel et le soleil ; les yeux clos, enfin je respire vraiment, à l’unisson des herbes qui s’agitent.

La terre attend. Elle m’accompagne, je sens son poumon large se gonfler du murmure assourdi des êtres invisibles. Je sens sa caresse contre mon dos, sa douce étreinte.

Le souffle soudain grandi fait bruire et clapoter les feuilles frénétiques des peupliers, comme une impulsion née de la terre. Un long frisson, intense, déferle, et semble résonner au creux de mon corps même.  Étonnée, et tranquille, je pose doucement la paume sur mon ventre rond, qui répond d’un doux serrement au souffle de la terre.

Autour de moi, le monde se fond dans la lumière.

Je souris.  Je t’attends. Maintenant, tu peux venir.

 

Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture de Leiloona, sur http://www.brickabook.fr

http://www.bricabook.fr/2013/07/une-photo-quelques-mots-90-atelier-decriture/

Anka – G. Guéraud

imagesC’est avec Anka de Guillaume Guéraud que j’ai eu envie soudain de ranimer ce blog ; non que j’aie totalement cessé de lire dans l’intervalle – bien au contraire – mais il faut une certaine pulsion d’écriture pour passer du lire au décrire ; et cet auteur suscite toujours en moi cette forte impulsion, peut-être parce que lui écrit ce que moi je me contente de rêver.

Dans ce court roman – la brièveté est une des qualités que j’admire chez Guéraud, elle lui donne la possibilité de condenser et ramasser l’intrigue pour lui donner, simplement, toute sa force – deux fils narratifs alternent et s’entrecroisent : d’une part, l’histoire de ce collégien qui apprend brutalement la mort de sa mère, d’autre part l’histoire de cette femme en chronologie inversée : de sa mort à la rencontre avec son père. L’écriture est, comme toujours, acérée et sans fioritures ; j’aime chez cet auteur l’absence de volonté de « faire écrivain » en inventant des procédés inutiles à des fins absconses ; j’aime sa netteté, sa façon de dire les choses sans détour, sans ambages, tout en nous collant page après page à l’histoire de ses personnages, au récit dont je me demande toujours ce qu’il fait dans la catégorie « jeunesse ». Je pense d’ailleurs au roman précédent que j’ai lu de lui, Déroute sauvage, collée au tapis de la médiathèque, dans l’oubli profond de toute ce qui se passait autour de moi tandis qu’en moins d’une heure je me perdais dans les méandres noirs de ce récit fatal, si intense que j’en voyais chaque image, chaque seconde, comme au ralenti. Certes il y est toujours question de collégiens – est-ce pour remplir le contrat « littérature jeunesse », je l’ignore – mais les récits et les dénouements nous mènent toujours vers le pire, vers la violence et la mort, l’innommable. Cependant il ne faudrait pas croire que Guéraud sacrifie à la mode de la violence gratuite, parce que les ados lecteurs aimeraient ça ; je crois qu’il y a toujours comme une résignation, un regret d’en venir là parce que le récit ne peut pas faire autrement, parce que c’est ainsi, et qu’il n’y a pas d’autre issue possible.

Anka encore une fois me surprend, me déroute parce qu’il parle simplement de la vie ordinaire, et construit un petit roman solide à partir de presque rien ; parce qu’il redonne au fait divers toutes ses lettres de noblesse, et que nous sommes les seuls à comprendre pourquoi les autres n’y comprendront rien.

Le gardien du Phare – de C. Marsi, C. Venturini

J’ai une tendresse particulière pour les éditions Philomèle depuis le jour où j’ai reçu « l’Ami Bonnet », que j’avais trouvé si poétique et qui avait fait l’unanimité auprès de mes bambins alors encore tout petits. Aussi, lorsque grâce à Masse Critique (sur Babelio) j’ai reçu un nouvel ouvrage de cette maison, ai-je été tout à fait ravie ; encore fallait-il bien sûr que « Le gardien du Phare », écrit par Cristina Marsi et illustré par Claudia Venturini, ne nous déçoive pas.

Mais on peut dès à présent se rassurer, ce joli album tient bien ses promesses et se lit facilement. Milla et sa tante rendent visite comme à l’accoutumée au gardien du Phare, Lucas, mais celui-ci a mystérieusement disparu…elles finiront par le retrouver au terme d’une jolie aventure dans les profondeurs. Il faut peut-être accompagner un peu la lecture, même avec des enfants d’âge primaire, car le texte est composé d’assonances et poétise le récit. Mais l’ensemble est aisé à suivre, et les illustrations sont agréables, des couleurs chaleureuses, une certaine douceur qui accompagne bien le texte. Nous avons ainsi eu l’occasion d’évoquer les créatures de la mer, légendaires ou réelles, de poser la question du merveilleux… et mon fils aîné l’a emmené dans sa classe pour faire partager l’histoire à ses camarades. La maîtresse leur a lu et montré le livre, tous ont apparemment bien aimé et c’était un moment agréable, si j’en crois leur témoignage.

Merci encore à Babelio et aux éditions Philomèle pour cette jolie découverte.

Sans un adieu – H. Coben

C’est avec ce titre reçu dans le cadre de Masse Critique chez Babelio que j’ai lu mon premier roman de cet auteur pourtant très célèbre ; mais il y a des rencontres qui se font attendre. Aussitôt ouvert, un avertissement de l’auteur m’enjoint de ne pas le lire si je n’en ai pas lu d’autres auparavant…voilà qui commence mal. Et pourtant je plonge avec facilité dans la lecture de cette histoire à suspense autour d’une disparition, présentée comme une noyade accidentelle, mais dont le lecteur même peu averti se doute bien qu’il s’agit de toute autre chose.

A vrai dire, il ne faut pas chercher l’intérêt d’un tel récit dans le suspense lui-même, car on ne peut pas dire qu’il y en ait réellement; tout se laisse progressivement deviner et peu de surprises émaillent finalement ce texte pourtant long et abondamment fourni en rebondissements. L’intrigue n’est pas non plus très originale, et ce roman étant présenté comme l’un des premiers de l’auteur, on perçoit en effet que tout est en germe mais sans doute pas encore à l’apogée du style et de la réussite.

Mais pour moi c’est là qu’a vraiment résidé l’intérêt et le plaisir réel que j’ai pris à lire ce roman sans ennui : l’orchestration et l’imbrication des intrigues, l’agencement des chapitres et des situations, sont vraiment réussis et tout se tient parfaitement, si l’on passe sur les quelques excès qui se glissent dans le finale sous la plume de l’auteur. Il n’y a cependant pas à transiger, c’est une écriture de talent et l’on comprend en lisant cette intrigue d’où vient sans doute tout le succès de cet auteur : il sait tenir son lecteur, mener ses intrigues et rendre le tout cohérent et plaisant. Et finalement dans cette catégorie, que demander de plus ?

A noter : un épisode de E.R. présente exactement la même « révélation » concernant les deux personnages principaux. Hasard ou ressort éculé ?

Dernière ligne – de M-A. Duverdier

Voici un tout premier roman qui m’a paru mériter une petite chronique, par son caractère singulier dans le paysage littéraire blogesque actuel. D’emblée le ton tragique est donné, tandis que l’on suit au fil des pages deux récits parallèles : la brutale arrivée de Marie aux urgences après une tentative de suicide ; l’histoire de Marie qui l’a conduite à faire ce geste désespéré. Et c’est justement dans ces deux récits entrelacés que réside une partie de la singularité de ce roman, qui construit l’histoire et le devenir de ses personnages en parallèle ; sans jamais se croiser de manière répétitive, l’un déroule au présent les lentes heures de l’attente, l’autre les journées et les mois qui ont précédé cette ultime décision.

Le sous-titre est sans doute trompeur dans la mesure où l’on pourrait s’imaginer trouver dans cette « chronique d’un amour mortel » une histoire à l’eau de rose éculée ; et de fait le contenu même de cette histoire n’est pas original : une femme aimant désespérément un homme qui n’éprouve pas la même intensité de sentiments en retour est monnaie courante dans la littérature ou les soaps. Mais la narration, elle, mérite qu’on s’y arrête : on dirait presque un murmure, un ton de confidence, une façon de raconter qui nous ferait presque entendre la voix intérieure de cette jeune femme face à son tourment, et ce qui rend à l’expression « mourir d’amour » sa force originelle. Pas ici d’histoire de midinette, mais une réalité quotidienne très intime, et en même temps très épurée : le temps s’écoule non en fonction d’un quotidien ordinaire, mais d’un quotidien totalement subjectif et centré sur ce qui compose presque minute après minute tout l’univers du personnage féminin. Tout est vu à travers le prisme de cet amour maladif qu’elle voue à cet homme qui ne la perçoit pas. Tous les autres éléments de sa vie ne sont que des accidents, des mécanismes, dépourvus de sens.

Il ne se passe quasiment rien dans ce roman, et pourtant on est séduit par le fil du récit, et la qualité de cette voix féminine et qui raconte, page après page, d’un ton égal mais jamais ennuyeux. Une jolie découverte.

Survivant – de Chuck Palahniuk

Le nom de cet auteur ne vous dit peut-être rien du tout ; si l’on sait en revanche qu’il s’agit de son deuxième roman et que le premier est le très célèbre Fight Club, alors sans doute vous parle-t-il davantage, et vous donne-t-il une idée du genre d’histoire qu’il renferme.

La structure du roman attire tout de suite l’attention, constituée comme un compte à rebours, et faisant ainsi défiler les pages à l’envers : tout se termine à la page 1 et au chapitre 1. Au tout début du livre, soit au chapitre 47, le narrateur se trouve dans un avion, sans pilote, seul, dans l’attente de son écrasement final. Et dans cet intervalle qui le sépare de sa mort, il raconte l’histoire de sa vie, presque à la manière d’une spirale, constituant progressivement la toile des divers événements qui l’ont mené à cette situation déconcertante.

Excellent roman, que l’on a un peu de mal à lâcher, et qui en même temps nécessite quelques pauses pour être digéré ; non qu’il soit violent ou agressif, mais l’étrangeté de cette voix et de son histoire, sa singularité qui ne permet pas de lui trouver aucun équivalent dans la sphère contemporaine, nécessitent de la part du lecteur un certain temps d’adaptation, pour plonger tout entier dans cet univers et le cynisme de son narrateur. Membre d’une secte dont tous les adeptes doivent se suicider, celui-ci reconstitue progressivement l’histoire de sa vie, ou de son absence de vie, et jamais sans une bonne dose d’humour, souvent d’humour noir ; et ne soyez pas étonné d’y apprendre régulièrement des astuces ménagères.

Difficile d’en dire plus sans rompre le charme de ce roman pas comme les autres ; difficile d’en dire plus aussi parce que ce roman est tout bonnement inracontable, tant il ne cesse de surprendre son lecteur, jusqu’à la chute finale – si je puis dire.Un auteur sans conteste à découvrir, et je remercie la gentille fée qui me l’a offert – et qui se reconnaîtra.

Le livre des choses perdues – de J. Connoly

Voilà une oeuvre destinée à la jeunesse comme il en existe peu : le thème de départ est plutôt triste – l’histoire d’un petit garçon qui ne parvient pas à faire le deuil de sa mère (mais le peut-on vraiment ?), et n’accepte pas la nouvelle famille qui autour de lui se crée avec la naissance de son demi-frère. David est un petit garçon triste et très imaginatif, qui se réfugie dans les livres comme pour oublier le monde d’où il vient et y trouver un semblant de consolation.

Et l’impensable, l’impossible arrive : on bascule très rapidement dans le domaine du merveilleux tandis que les livres se mettent à chuchoter, à murmurer ; la voix de sa mère attire David au fond du jardin, la nuit, et un accident d’avion parachève le tout : dans un brasier intense, David bascule dans un autre monde, et nous l’y suivons avec délices, tandis qu’il se confronte ici-bas à ses peurs les plus extrêmes, à la recherche du « livre des choses perdues » dont on lui promet qu’il sera le sésame pour un retour dans son monde antérieur.

Cependant, le sésame se gagne dans la douleur, dans le sang et les cauchemars. Certains passages sont réellement violents, et j’en avertirai le lecteur un peu sensible, tant à cet âge peut être durablement frappée l’imagination. Un parcours initiatique, dans lequel le jeune homme apprend à aimer ce qui lui reste, et à conserver le souvenir ému de ce qu’il a perdu ; un parcours au long duquel je me suis à moi-même échappée dans le plaisir immense de cette lecture, qui mêle réminiscences et réécritures de contes cruels, et innovation, talent réel dans l’histoire autant que dans l’écriture (bien que je l’aie lu en traduction). On ressort bouleversé, profondément remué de ce roman singulier, absolument réussi, dont on m’avait déjà vanté les mérites, mais dont les éloges n’arrivent pas à rendre le réel bonheur que l’on a, page après page, à découvrir cet univers.

Un livre que je ne conseillerais toutefois pas vraiment aux trop jeunes peut-être ; mais que le lecteur adulte ne recule pas devant l’étiquette « jeunesse » accolée à cet ouvrage : quand un roman est bon, il transcende les catégories.

Hunger Games, tome 3 : la révolte – de S. Collins

On ne peut pas dire que ce soit avec impatience que j’attendais que ma médiathèque fît l’acquisition de ce volume, mais je crois avoir été peut-être la première à l’emprunter avant même sa mise en place en rayons. Pourtant même si j’avais relativement apprécié la lecture des 2 premiers opus (oui opera je sais pour les puristes !) je ne peux pas me classer dans le camp des fans ou des passionnés ; c’est une lecture que j’aurais sans doute adorée, plus jeune, et qui n’est pas pour me déplaire malgré tout à l’âge avancé où je me trouve.

Alors qu’en est-il finalement ? J’avoue avoir eu de la peine à me remémorer les éléments essentiels des ouvrages précédents et à « entrer » à nouveau dans l’histoire; petit à petit les rappels disséminés çà et là m’en ont rappelé l’essentiel, mais toute la première partie (peut-être même les deux tiers) m’a paru d’une longueur assommante. Déçue de ne pas retrouver cette frénésie qui m’avait malgré tout fait lire et apprécier en quelques heures les volumes antérieurs, j’ai bien failli planter ce troisième tome au beau milieu d’une intrigue qui ne décollait pas, et dont je craignais qu’elle ne démarre jamais vraiment. Et puis, à partir du moment où enfin l’action semble se lancer, où la « révolte » est enfin mise en marche, on peut dire que tout bascule. J’ai retrouvé avec plaisir cette petite émotion qui fait que l’on attend avec impatience le moment où l’on va pouvoir reprendre la lecture interrompue, et je dois avouer que j’ai été surprise par la violence déployée dans cette fin de roman. Pourtant, la violence est là dès le début : les jeux dans l’arène ne sont pas spécialement pacifiques. Mais leur mise en scène ne m’avait pas vraiment choquée; on n’est pas dans le gore et la violence psychologique n’est pas franchement traumatisante. Cependant en cette fin de saga il semble que l’auteur renonce à toute atténuation, et sans complaisance malsaine le choc survient, la violence inonde les pages et maintient le lecteur en haleine jusqu’au terme du roman.

Je passerai sur le happy end de convention et l’absence totale d’imagination qui caractérise les dernières lignes – Suzanne Collins achève sa saga avec cohérence et sans artifices trop visibles, on finit par se laisser prendre au jeu, par adhérer, le temps de quelques heures volées au quotidien.

Une lecture que je continuerai cependant de conseiller aux ados, même si ça ne vaut pas Mourlevat – il en faut pour tous les goûts, et la lectrice de seize ans que j’ai été aurait sans doute fait partie des inconditionnelles.

 

Un avis enthousiaste chez Stephie.

Naissance

Un micro billet pour vous signaler la naissance d’un baby-blog consacré essentiellement à la naissance et à la naissance libre en particulier. Pour l’instant y figurent surtout des articles déjà publiés ici, mais de nouveaux billets devraient petit à petit voir le jour.

C’est ici que ça se passe : http://parlonsnaissance.wordpress.com/

à bientôt !

Le choeur des femmes – M. Winckler

Il est de ces livres que l’on ouvre par curiosité, sans trop savoir ce que l’on va y trouver, et qui vous fouettent en plein visage, vous embarquent et ne vous lâchent plus : ainsi me viennent les premiers mots pour décrire l’impression de lecture que m’a laissé Le choeur des femmes, roman de Martin Winckler, que certains connaissent peut-être déjà par le biais de son célèbre site internet. Je savais que j’allais y entendre parler gynécologie, émotions féminines, et tous ces éléments peuvent d’emblée paraître rébarbatifs. J’en entends déjà soupirer… des histoires de bonnes femmes, en somme.

Ce lecteur dubitatif ressemble curieusement au narrateur principal du récit : le Dr Jean Atwood, interne en 5eme année, major de sa promotion, brillant élément courtisé par les plus hautes instances, se destinant à la chirurgie gynécologique, se voit à son grand désespoir obligé de passer 6 mois dans un service étrange, l’unité 77, dirigée par le Dr Karma, qui s’occupe des femmes, de leur contraception, IVG, soucis divers et variés… étrange service non par sa fonction, mais par la façon dont se déroulent les consultations. Ici, on ne reçoit pas les femmes pour les ausculter, les examiner, mais avant tout pour les entendre… et Atwood retient avec peine son mépris, son ennui profond, son agacement envers ces femmes qui ne cessent de se plaindre de leur pilule, de leurs soucis… Mais petit à petit, au contact de ce médecin d’un genre nouveau – un soignant – s’opère une lente, douce transformation : du narrateur, mais aussi du lecteur, happé par le tourbillon de ces voix, de ce choeur des femmes qui enseigne à celui qui l’entend l’art de l’écouter. C’est une maturation qui s’opère sans que l’on s’en rende vraiment compte, tant on est pris dans cette lecture incroyable, cette écriture qui parvient à rendre le quotidien le plus banal, le plus ordinaire, proprement stupéfiant, et à en faire la matière même d’un roman dont on ne ressort pas indemne.

On pourrait croire que ce récit n’est tissé que de micro-récits successifs, où résonnent les unes après les autres les voix des diverses femmes et personnages du récit. Mais il n’en est rien. Martin Winckler est sans doute un très bon médecin, mais c’est également un excellent romancier, un écrivain comme je n’en avais pas rencontré depuis longtemps. A tel point que l’on ne sait plus vraiment, lequel du soignant ou de l’écrivain, mérite le plus grand respect. Ce roman questionne chacun d’entre nous sur ses croyances, ses certitudes inébranlables, son rapport à soi-même, au corps et à ceux à qui nous permettons d’y toucher. Chaque chapitre nous mène un peu plus loin sur cette réflexion, sans que jamais le plaisir de la lecture ne cède devant un discours moralisateur ou rébarbatif : on ne peut en ressortir que grandi, ému, bouleversé, tant il touche juste, tant il bouscule, remet en question.

Un roman qui prend au creux du ventre et touche au coeur. Le coeur des femmes.